Quand les gens regardent le ciel, ils ne voient que du bleu, du gris, du ciel, des nuages, des couleurs, du soleil, ils ferment les yeux. Pragmatisme. Moi j'y cherche des formes, des mouvements, des rimes, des bruissements. Un renard et un canard. Une femme africaine dans les toilettes. Une tortue dans les bocages. Folle. Quand le soleil me brûle la pupille et que ma basse condition humaine m'oblige à la couvrir de ma paupière bien arrivée. J'observe les étoiles, tous les cercles que les rayons y ont laissé. Toutes ces petites choses qui vous hypnotisent à vous coller la nausée. Alors, on ouvre les yeux à nouveau et on se nourrit. De tout ce qu'on a à nous offrir. Y'a pas besoin de pinceaux et d'eau pour faire de l'art. l'Art il est partout, partout autour de nous.
Sur le chemin de la fac, en tram, on passe beaucoup de ponts ; je prends le temps de les regarder à chaque fois. Même pas par choix, par habitude. Je suis toujours très occupée, particulièrement dans le tram. Je n'aime pas les trajets, il faudrait toujours être arrivée. Ou ne jamais partir. Je parle, je chante, je pense, non, je ne danse pas. Je lis, je réfléchis, je maudis, je vis. Mais, quoi que je sois en train de faire, je tourne toujours la tête. Et je regarde, l'eau, les ondulations, les arbres, les bateaux. Je sais pas pourquoi j'ai toujours aimé l'eau, autant à regarder qu'à manipuler.
Hier, j'étais plus qu'heureuse d'avoir tourné la tête. Il faisait plus froid que les jours précédents. On sort de chez soi et on enfouit le nez dans son écharpe. Les mains plongées au fond des poches. Le bout des doigts qui commence à geler. Le bout des pieds aussi.
Je déteste l'hiver. En plus d'y avoir un froid complètement impossible à supporter pour moi – ça vous gèlerait les couilles d'un mammouth inexpérimenté – l'hiver ça casse tout. Toutes les couleurs des arbres, des plantes. Ca vous impose un gris inextricable dans le ciel. Y'a plus que le vent qui chante, quand il ne crie pas. Souvent il crie. Et il me casse les oreilles. Alors, planquée sous ma couette, je fais mine de ne pas l'écouter. Et, j'espère que le ciel pleurera ce soir là, enverra des goutellettes bercer mes méninges et calmer mes tympans. Bercer mes angoisses et mes excitations de la journée. Comme si chaque goutte venait sur mes soucis s'écraser.
Quand j'étais petite, je croyais que je pouvais contrôler le temps. Ca me fait sourire maintenant. J'ordonnais au temps d'arrêter de pleurer et il s'arrêtait, cela ne marchait pas toujours évidemment. Quand ça ne marchait pas, je devais partir du principe que ce jour là, Icar était inconsolable ou alors, que je n'étais pas assez convaicante.
Aujourd'hui, je me dis que je suis triste quand le temps est gris. Les rôles ont changé. Le temps m'influence. Je suis toujours plus agréable en été, plus énergique, plus volubile aussi. En hiver, c'est plus tendre mais c'est moins copieux. On a moins de quoi se rassasier.
« Il pleure sur moi comme il pleut sur mon monde ».
J'ai tourné la tête et j'ai souris. Il y avait de la brume. Juste au ras de l'eau. L'atmosphère avait la fraicheur de l'aube mais l'eau avait gardé sa chaleur de la veille. Elle fumait. Elle dansait. Elle volait. Les arbres observaient tout ça. Et les gens passaient à côté, ne voyaient rien de tout ça. Ces moments où l'on sent seul mais incroyablement bien. Le temps s'arrête. Clic. Et ça recommence.
Parfois je me retourne, je regarde tes yeux. Et je vois tout ça.