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Il était une fois un pays peuplé de nombreux moutons, et pour les diriger, il y avait des bergers. Quelques bergers.
Cela faisait longtemps que dans ce pays les bergers ne savaient pas vraiment où aller. Et même s'ils avaient de l'herbe plus verte, aucune mauvaise herbe ; les paturages des autres leur faisaient de plus en plus envie à ces petits moutons. L'idée d'en avoir de pareils les réjouissaient.
Il y avait aussi un problème dans leurs paturages si verdoyants. Tout le monde y criait « au loup » et certains pauvres moutons s'étaient fait dévorer. On pleurait les barrières brûlées, les étables détruites à coup de pattes et de tête. On voulait de l'ordre.
Un jour, un petit berger arriva. On se moqua de lui et on ne le prit pas au sérieux. De sa petite taille, que pouvait-il bien prétendre voir de l'endroit où il faudrait mener les bêtes. Pourtant, avec sa grande dextérité et sa joute verbale aisée, il réussit vite à convaincre tous les moutons de la direction à prendre.
Il instaura l'ordre et la sécurité.
Tous les moutons iraient à droite ou alors le loup les mangerait.
Les moutons n'urent bientôt plus ni l'envie ni le courage d'aller, de regarder, de penser à gauche. Et comme la rationnalisation est merveilleusement étudiée, ils finirent par se dire qu'à droite, tout était plus beau et qu'ils étaient heureux... les pieds dans la boue... »
[...]
Je m'essaye à penser mais je n'y arrive pas. J'aimerais faire la fiereté de ma grand-mère et lui montrer comment je pourrais assurer la descendance de tout ce savoir qu'elle tache de m'inculquer mais je crains que mes efforts ne soient vains.
Je n'ai pas assez été enseigné à penser. Le savoir, cela n'est plus rentable dans notre société. On fait de la culture marchande. Lire et être cultivé, ça ne fait rien de plus que vous faire perdre du temps, de l'argent, du temps de travail que vous auriez pu faire. Travailler plus pour gagner plus, pour être moins.
La culture ça ne rapporte rien. Le savoir utile, voilà ce qu'on vous apprend à l'école, dès le plus jeune âge, le savoir pratique. On essaye de cibler ce pour quoi vous être doué et non vraiment ce qui pourrait vous plaire et puis, on vous confine la dedans.
Moi, je travaille chez Airwane, la descendante de Airbus. Je passe ma journée à assembler des pièces, pour faire des petits avions pour lesquels notre cher président a ramené de nombreuses commandes. Pleins de petits avions qui partiront dans pleins de petits pays qui ne rêvent que d'une chose, être autant « en avance » que nous. Avoir un peuple aussi avili que pourrait-on demander de mieux.
Bien sûr, on ne nous empêche pas de penser, de réfléchir. Mais, on ne nous l'apprend sûrement pas. Plus dans l'école, pas non plus dans les journaux. A quoi bon faire des articles que la majorité ne comprendrait pas. Seuls les vieux, obsolètes, les liraient. Cela ne serait pas... rentable.
Ceux qui ont réussi à lire des livres, à se forger un intérêt, à discuter avec d'autres peuples sur internet. Ceux là réussissent un minimum à s'élever. Mais, s'ils tentent de se faire connaître, on leur fait gentillement comprendre que leur action « perturbe l'ordre de la société ». Ou bien ils rentrent dans le rang, ou bien ils s'exilent.
Il ne nous reste plus beaucoup de choix aujourd'hui. Mais, cela est bien ce que les gens voulaient.. Une figure patriarcale qui puisse pour eux, penser.