Elle avait toujours été fascinée par les gauchers.
Leur façon de prendre stylo et de tracer courbes là où elle n'était capable que de traits stridents exacerbés. Electrogramme d'un stressé démasqué là où ils vous volutes, là où ils vous enroulent, là où ils vous lovent, dans leurs ailes et sous leurs haches.
Il y avait d'abord eu lui, l'intouchable magnifique qui, par-dessus tout, jouait du piano comme un dieu grec joue du nuage du haut de l'Olympe.
Et puis Lui qui écrivait si mal et partout, n'importe comment. De gauche à droite, de haut en bas ; quand ce n'était pas l'inverse. Parsemé de flèches, et de petits zigougouis, on se perdait dans ses commentaires comme dans son lit.
Et maintenant, elle le regardait *lui. Des mains fines mais élégantes. Pas des doigts d'effiloché. Des poignets qui filent sur les feuilles comme ils empoigneraient des hanches de gamine écervelée.
Elle était un crayon qui tous les matins, recommençait son histoire. Elle aurait aimé n'être que mine de bois, on efface tout et on recommence. Mais, flanquée d'une bille, elle pissait encre et sang dans les larmes des lignes humides.
Elle s'était réveillée avec la bouche pateuse de l'alcoolique notoire. La matière grise embrumée comme les hauteurs du Kilimanjaro. Les cheveux gras démontrent une nouvelle structure, étonnante. La gorge en fond de cage de perroquet n'essayera pas d'émettre de son pour l'instant. Trop peur de se briser net comme le verre qu'on laisse tomber.
Douche.
Laisser couler les idées noires dans le tourbillon du syphon. Laisser tomber les masques de trainée et reprendre sa classe d'intouchable légèreté. Denoircir les yeux, démaquiller les mains qui toute la nuit vous ont touchée.
Impression d'avoir volé toute la soirée, détachée des préoccupations terrestres ; quand votre champ de vision est réduit à celui ou celle que vous embrassez.
Elle se sentait limite infidèle, en le regardant, las, écrire si joliement.
Si tôt qu'il aurait apposé le point, elle releverait la tête et chausserait sa mine de désinvoltée. Puis, à force de fixer le poteau de gauche, complètement désintéressée ; elle se perdrait encore une fois dans les méandres de ses pensées.
Chaque jour, elle se prenait quelques minutes pour réflechir sur elle et tout ce qu'elle pourrait en tirer. Quand vous n'êtes que boucles inlassablement ressassées. On se perd dans les n½uds des chaînes d'acier. On trouve à chaque seconde sa part de vérité.
Parfois, les choses se résolvent par la force du vent.
Et parfois, non.
Elle ne connaissait toujours pas son prénom.