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Rodolf, string à paillettes, réside inconscient sur la moquette rouge du motel. Il a été jeté là il y a quelques heures, après avoir été mordu puis, arraché violemment. Quand il est revenu à lui, il gisait là, sur cette moquette crasseuse qui sent la pisse et la moutarde. Il baignait dans des lumières rouges et bleues abrutissantes. Il lui fallut quelques temps pour comprendre que c'étaient les néons qui clignotaient dans ses strass et non son esprit qui partait pour revenir après, inlassablement.

Il avait souvent pensé qu'il serait mieux par terre qu'étouffé entre les fesses de sa propriétaire mais, maltraité ainsi, il se demandait maintenant « Pourquoi moi ? ». Pourquoi l'avait-elle choisi ce soir là ? Pour ses paillettes et ses légères dentelles de bon marché ? Elle en avait pleins d'autres et des biens plus usés. Elle ne devait pas se douter que ça se passerait comme ça, elle n'était pas cruelle.

Il se rendit compte tout à coup que brisé, démantibulé ; sa vie était probablement terminée. Elle n'était pas très riche mais n'était pas rendue au point de rapiécer ses strings. Peut-être l'aimerait-elle assez pour...
Il n'y croyait pas trop. Il se mit à repenser à ses compagnons de tiroir, à sa création... ce qui l'amena indubitablement à sa chute...


Il lui avait donné rendez-vous la veille, sur le pas de la porte. Le soutien-gorge lui avait tout raconté.
Elle l'avait rencontré dans un de ces bars où elle va souvent cuver son malheur ces derniers temps. Il n'était pas trop mal et avait su poser les mots qu'il faut ; pour qu'elle se sente à nouveau belle et désirable. Il l'avait raccompagnée chez elle, avait espéré rentrer ; mais elle ne voulait pas, ses parents dormaient.
Alors, il l'avait peloté sauvagement sous le porche. Elle avait failli en noyer un de ses compagnons. Et comme visiblement, il n'en avait pas eu assez, il l'avait invité à dîner ; il passerait la chercher.

Il ne croyait pas qu'elle était si jeune, il espérait se la farcir en une nuit, comme toutes les autres. Des parents, n'importe quoi. Heureusement, il se viderait ce soir, s'il ne se trouvait pas une autre potiche dans l'aprem'... Non, celle-ci lui plaisait bien.

Elle était folle de joie, il lui avait poussé des ailes. Elle avait attendu toute la journée. Elle avait consulté son armoire pendant des heures. Elle avait choisi Rodolf. Il était fier sur le moment.

Il lui avait promis un dîner, il l'emmena directement au motel. Elle ne broncha pas, ça l'arrangeait. Il fit un signe au concierge, visiblement habitué, prit une clef et l'attrapa par la main.
Elle ne comprenait pas tout ou plutôt, préférait ne pas comprendre. Elle était descendue de la voiture, les néons criards l'avaient hypnotisée. Une fois de plus, elle avait cru trop vite. Pourquoi fuir. Il pourrait être violent... Et puis, ce quasi masochisme la poussa à le suivre. Elle flottait.

Il poussa la porte violemment, jeta sa veste, commença à déboutonner sa chemise et avant que la porte n'ait claquée, il la plaquait contre le mur. Le pantalon aux chevilles, il remonta sa jupe, essaya de déchirer Rodolf avec les dents mais rencontra trop de résistance, il arracha juste un petit bout de peau au passage, qui lui valut un miaulement. Alors, il se remit debout, dans toute sa fierté, l'attrapa par le bassin ; elle était légère comme de la soie, et tira un grand coup.
Rodolf atterrit sur la moquette rouge sang. Il eut juste le temps d'apercevoir son visage blême, blanc, vide, livide ; elle était comme morte.
Il s'acharnait sur elle, elle ne bougeait pas, ne disait mot. Elle était comme suspendue, la corde au cou. Elle regardait la scène d'en haut, détachée. Cette aisance qu'elle avait à quitter son corps quand on la dégradait.

Il l'avait ensuite balancée sur le lit, encore dégoulinante ; les ressorts avaient crissé. Il s'était rhabillé, lui avait jeté un regard dédaigneux, avait hésité à envoyer un billet froissé, histoire de creuser encore un peu plus son petit c½ur blessé. Il était trop radin finalement. Il partit sans dire un mot.

Elle resta un moment sur le lit pourri, recroquevillée, les bras enroulés autour des genoux. Puis, elle roula sur le côté et s'endormit, f½tale.

A 8h, une vieille hispanique au visage creusé vint la réveiller. Elle lui parla mais elle ne comprenait rien. Elle pensa qu'il fallait sûrement qu'elle parte alors, elle sortit du lit. Remis ce qui restait de sa jupe droit. Attrapa son sac. Et partit.
Elle l'avait oublié.

Rodolf aurait pu pleurer, s'il n'avait pas été que fils, paillettes et tissus émiettés. La vieille Juanita finit par le trouver, au pied d'une commode. Elle le regarda, dépitée, et le jeta nonchalamment dans le sac en plastique blanc.

Le reste... est trop dur à raconter...
* R *

# Posté le lundi 13 août 2007 17:35

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