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Les poilus.

Les poilus.
La maison hantée de cafards et d'araignées. Rien qu'à regarder la porte, ça suinte la miséricorde et le vieux mal habillé. Deux serrures et un octogone à tourner pour pénétrer dans l' « antre ».
Vous poussez la lourde gardienne et à peine votre pied a-t-il dépassé le pas que déjà vos narines sont enflammées. Les neurones, en un instant, cramés.
Ca pue le renfermé, l'humide, le mal lavé, le pourri, l'abimé.
La cuisine, première pièce en vue, est horriblement mal rangée ; si tant est qu'on puisse qualifier l'empilage d'un mode de rangement. Vous trouvez des galettes suédoises sèches et étranges mais pas le moyen de mettre la main sur un fruit. Les enfants mangent des pâtes et du poisson pané ce midi, je n'ose imaginer l'état de leurs intestins.
Sur le mur, à côté du tabouret qu'ils empruntent pour se servir, le poster des « rugby women 2006-2007 » est le seul effort de décoration. Jolies modèles de dessin pour les enfants.
Le salon n'est pas beaucoup mieux. Le bureau envahit par monceaux de papiers divers. Le canapé à moitié démonté et plein de tâches. La télé qui date des années 50 mais devant laquelle les enfants s'abrutissent des heures dès la porte ouverte. Le plus près possible, les rétines collées sur l'écran, ils restent scotchés même quand l'antenne déraille et que l'image saute et le son grésille. Ils restent figés, même quand l'écran affiche depuis 10min « No signal » sur un fond bleu écrasant. Vous devez alors chercher le white spirit pour les décoller tant bien que mal de ce sacré poste.
Pas étonnant que les enfants soient quasiment dans le même état de décrépitude que l'environnement ambiant.
Moins de 8ans et déjà poilus du dos aux doigts de pied. Fille comme garçon. Chaussettes sous sandalettes. Ils mangent avec leurs doigts, s'essuient sur leurs pantalons, sont limites capables de viser leurs gouffres à merde et en mettent plein la moquette.
Les parents, quant à eux, sont deux beaux exemples à suivre.
Le père, hagard, a l'air naturel que les enfants acquièrent une fois abrutis depuis une heure devant Gulli. Dents de cheval, coupe ringarde, yeux huitreux. Il me fait tristement penser à l'Etalon.
Je n'osais imaginer son métier, j'ai appris qu'il bossait dans l'informatique, surprenant non ?
Il colle sa fille sur l'ordinateur, jouer seule sur internet, en lui précisant bien de ne pas toucher à l'icône en soleil qui éclaire le bureau, nommé « Crazy Girls ». On dit qu'internet est dangereux pour les enfants, qu'ils peuvent attérir n'importe où, là, le gentil homme lui apporte juste sous sa souris, au cas où elle n'aurait pas la chance de voir une scène pornographique avant ses 10ans.
Elle joue à des jeux en anglais qu'elle ne comprend absolument pas. Ils ne sont pas de son âge et surtout pas dans ses capacités. Il ne prend même pas la peine de lui expliquer les règles, elle est calme, ça lui convient.
Déjà traumatisés, c'est clair qu'ils sont pas bruyants. Mais, avec leurs airs de cadavres déterrés, ils me font limite flipper.

La mère, surexcitée et paumée, paniquée en permanence, à l'air de se réveiller d'une longue hibernation et de réaliser qu'elle ne s'est pas lissé le poil pendant des années.
Ils s'habillent tous les deux comme des aveugles. Pas étonnant qu'ils les habillent mal aussi. Ils arrivent à faire crever des poissons rouges en un mois. Leur jardin est tellement fourni en herbes hautes que les enfants ne peuvent y jouer.

La mère est infirmière psychiatrique. On dit toujours que les cordonniers sont les plus mal chaussés...


8 ¤ de l'heure.
Ils vont bientôt divorcer.

# Posté le jeudi 19 juillet 2007 11:55

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